Le bâillement de tortue est-il contagieux ? Improbablologie | | 18.11.11 | 20h10 • Mis à jour le 19.11.11 | 11h37

Une lionne - agée dix-sept ans - baille à l'intérieur de la clôture des Jardins zoologiques dans la ville d'Ahmedabad. Nommée Okha, elle a été adoptée par le programme des "Amis du Zoo".

Une lionne – agée dix-sept ans – baille à l’intérieur de la clôture des Jardins zoologiques dans la ville d’Ahmedabad. Nommée Okha, elle a été adoptée par le programme des « Amis du Zoo ».AFP/SAM PANTHAKY

« Un bon bâilleur en fait bâiller deux », prétend le dicton. Chez l’humain, plusieurs études ont montré que, pour au moins une personne sur deux, regarder quelqu’unbâiller ou imaginer un bâillement suffisait à provoquer le phénomène (mettez la main devant votre bouche, je vous vois). Pour l’heure, trois hypothèses sont avancées pour expliquer cette contagiosité. La première dit qu’il s’agit d’un automatisme, un réflexe mécanique provoqué par l’observation d’un bâillement. La deuxième, plus subtile, évoque un mimétisme inconscient. Quant à la troisième, elle met en scène l’empathie, cette aptitude qu’ont certains à se mettre à la place des autres et à ressentir la même chose qu’eux.

Le rôle du bâillement n’étant pas mieux compris que sa communication, on nage dans un océan d’incertitudes, ce qui est intolérable pour tout scientifique normalement constitué. Une équipe européenne a donc craqué et produit une étude qui, le 29 septembre, a reçu un Ig Nobel, prix parodique destiné à distinguer les plus improbables des recherches.

L’article en question venait d’être publié dans le numéro d’août de la revue Current Zoology mais, au regard des sommets d’improbablologie qu’il atteint, il eût été injuste de ne pas le récompenser illico presto. Ses auteurs sont partis du principe que si le bâillement était contagieux chez une espèce dont les capacités cérébrales restreintes n’autorisent ni le mimétisme ni l’empathie, la première hypothèse serait validée.

Restait à trouver la bonne espèce. Le bâillement communicatif a été décrit chez les chimpanzés ainsi que chez des macaques et des babouins. Il fallait donc viser un cerveau plus rudimentaire que celui de ces singes tout en s’assurant que l’animal sélectionné était capable d’observer attentivement ses congénères. C’est ainsi que la tortue charbonnière à pattes rouges a été choisie. Ce reptile se repose beaucoup sur son système visuel et il bâille en adoptant une posture qui ne peut êtreconfondue avec aucune autre : bouche grande ouverte, tête en arrière, cou étiré.

L’expérience consistait à faire bâiller une tortue en face d’une autre et à vérifier si la congénère se mettait à bâiller à son tour au cours des minutes suivantes. Le hic, c’est que ces animaux ne bâillent pas sur commande. Les chercheurs ont donc dûformer Alexandra, une demoiselle tortue, grâce à un système de récompenses. Cela a pris six mois. On imagine le dialogue dans la cour de récréation. Et ton papa, il fait quoi ? Il est scientifique mon papa, il apprend à bâiller à une tortue…

Quand Alexandra fut devenue une « pro » du bâillement provoqué, l’équipe mena plusieurs tests en la mettant en présence d’autres tortues. Alors oui, il arriva à certaines de bâiller en retour, mais pas plus que d’ordinaire. Peut-être une manière de dire : « Je m’ennuie. Quand s’arrête cette expérience parce qu’il y a bientôt un épisode des Tortues Ninjas à la télé ? » L’étude suggère donc que les mécanismes à l’oeuvre derrière la contagion du bâillement sont plus complexes qu’un simple réflexe en miroir. Restent les hypothèses de l’effet caméléon ou de l’empathie. Etant donné que les tueurs en série sont en général dépourvus de celle-ci, permettons-nous de suggérer une autre étude improbable, consacrée à la communication du bâillement chez les serial killers.


Journaliste Pierre Barthélémy

 

Commentaire

 

Des études montrent que chez les humains, un baîllement suffirait à provoquer le phénomène chez un autre individu. Il y aurait donc du lien social dans le fait de bailler. Les hypothèses explicatives sont au nombre de trois: automatisme, imitation inconsciente et empathie, aptitude à ressentir la même chose que d’autres individus. Tous ces éléments ne témoignent pas d’une même implication sociale du baîllement. Des incertitudes demeurent donc quant au rôle et à la communication de ce phénomène. Des travaux ont été menés par des scientifiques à ce sujet. Ces derniers exposent l’hypothèse suivante: si le baîllement est contagieux chez des espèces aux capacités cérébrales limitées, la première hypothèse, celle d’un automatisme, serait validée. On peut donc parler à ce sujet d’expérience sous contrôle avec des animaux comme groupe de contrôle d’une attitude humaine. La nécessité d’un animal au cerveau rudimentaire mais capable de l’observation de ses pairs a conduit au choix de la tortue charbonnière à pattes rouges. En effet, chez cette espèce, le baîllement est facilement observable et le système visuel est très développé. L’expérience n’a pas conclut à un baîllement réellement contagieux chez la tortue. Ce phénomène ne s’expliquerait donc pas par un simple automatisme. Cet article atteste donc de la complexité des éléments caractérisant le lien social.

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24 novembre 2011 RÈGNE ANIMAL – L’homme est-il seul à pouvoir se suicider ?

On connaît l’exemple du chien fidèle se laissant mourir après son maître ; on a vu un canard se maintenir sous l’eau assez longtemps pour se noyer après la mort de son partenaire, des rats-taupes nus atteints d’une maladie contagieuse aller mourir seuls, loin de leur colonie, et des baleines se jeter par dizaines sur les plages, comme le 14 novembre dernier sur la pointe de Farewell (« adieu », en anglais), en Nouvelle Zélande, en un simulacre de suicide collectif désespérant  – les autorités locales se sont résolues à euthanasier les survivantes deux jours plus tard, rappelleSlate.

Mais peut-on aller au-delà de comparaisons anthropomorphiques plus ou moins douteuses, se demande aujourd’hui Slate, et affirmer qu’une bête est capable de se suicider ? Un animal peut-il avoir conscience de son existence et conceptualiser la relation de cause à effet qui mènera de son acte à sa disparition, éventuellement à l’abrègement de ses souffrances ?

La question a passionné les scientifiques et la presse anglaise à l’époque victorienne, rappelait en 2010 Edmund Ramsden, chercheur au département d’histoire de l’université d’Exeter. A partir de l’année 1845, on vit ainsi fleurir les drames animaliers dans les feuilles d’outre-Manche, tel « le cas d’un chien de race terre-neuve qui s’était, à plusieurs reprises, jeté à l’eau, restant immobile et ‘gardant obstinément la tête sous l’eau pendant quelques minutes’« , rappelle Slate (c’est alors que l’affaire du canard amoureux mentionné ci-dessus avait été évoquée).

Bravement, donc, Slate rassemble des éléments de preuve modernes. Le site souligne que certains animaux, dauphinsprimatespies et éléphants, en reconnaissant leur image dans un miroir pourraient démontrer une certaine conscience de leur individualité. Certains savent « faire semblant« , en jouant : serait-ce le signe d’une capacité à se projeter au-delà de ce monde matériel ?

Poussant vers des espèces dont les états d’âme indiffèrent la plupart d’entre nous, Slate relève que certaines algues unicellulaires peuvent, face à un stress pourtant surmontable, activer un processus de mort programmée. « Des chercheurs ont récemment découvert que le ‘suicide’ de certaines cellules favorisait la croissance des cellules survivantes. » Ces algues meurent donc « pour le bien de la communauté« , en martyrs.

Enfin, Slate note l’existence d’un parasite qui provoque chez les rongeurs une certaine attirance pour leur pire ennemi, le chat, et se demande si ledit parasite,Toxoplasma gondii, pourrait également infecter l’humain et le pousser ainsi à passer à l’acte, en conscience altérée, mais en conscience tout de même.

Photo : AFP PHOTO/MARIO LAPORTA

 

Commentaire

 

De nombreux exemples de comportements animaux s’apparentent à ce que l’on pourrait qualifier de suicide. Ces éléments soulèvent des interrogations sur la conscience qu’a l’animal de son existence et sur sa capacité à conceptualiser les conséquences de son acte. L’importance éthique de cette question est réelle puisque l’Homme pourrait ne pas être le seul doué de raison et de sensibilité, comme il laisserait pourtant l’entendre. L’étude, poussée jusqu’au comportement de certaines algues, atteste d’un « suicide » causé par le stress. Ce « suicide » favoriserait la croissance des cellules survivantes ce qui permet de parler de « mort pour le bien de la communauté ». Cet article soulève donc le problème de la domination de l’humain sur son environnement qu’il justifie par une intelligence et une conscience supposées supérieures à celles des autres espèces.

29 novembre 2011 Quand la science encourage les sportifs à fumer…

Le tour de France, pour sa centième édition, partira de Corse en 2013. Et pendant que le monde du cyclisme s’ébaudit à cette belle annonce, le train-train des affaires de dopage ne s’arrête pas. Ainsi, en l’espace de quelques jours, l’Américain Floyd Landis a été condamné à un an de prison avec sursis pour avoir espionné le Laboratoire national de dépistage du dopage après que celui-ci eut montré que le coureur avait gagné le Tour 2006 à la testostérone, l’Italien Riccardo Ricco a étécondamné à deux mois de prison avec sursis pour avoir pris de l’EPO lors de la Grande Boucle en 2008, et le triple vainqueur de l’épreuve, l’Espagnol Alberto Contador, a été auditionné le 21 novembre par le Tribunal arbitral du sport sur l’affaire de son contrôle positif au clenbuterol (un anabolisant), lors du Tour 2010 qu’il a remporté.

On peut se demander pourquoi les spécialistes des sports d’endurance que sont les cyclistes ou bien les coureurs de fond s’échinent à prendre des substances interdites pour améliorer leurs performances, alors qu’il existe un produit de consommation courante qui remplit plusieurs critères recherchés par les athlètes : la cigarette. Publiée en décembre 2010 dans le Canadian Medical Association Journal, une des dix revues les plus sérieuses et les plus influentes dans le monde de la recherche médicale, l’étude du Canadien Kenneth Myers a de quoi faire réfléchir. Ce qu’écrit ce jeune homme, à l’époque étudiant en dernière année de médecine à l’université de Calgary et marathonien à ses heures, va à l’encontre de toutes les idées reçues sur le tabac. Références à l’appui, il montre que fumer peut entraîner trois conséquences intéressantes pour les cyclistes ou les coureurs de fond. Primo, griller au moins dix cigarettes par jour fait monter le taux d’hémoglobine (qui transporte les molécules de dioxygène dans l’organisme), de 1,4% en moyenne pour les hommes et de 3,5% en moyenne pour les femmes. Un résultat publié dans lesAnnals of Hematology. Secundo, ce que l’on appelait autrefois « l’herbe à Nicot » (d’où le nom de nicotine) peut, dans certains cas, augmenter la taille des poumons, un objectif important pour les adeptes des sports d’endurance. Tertio, la cigarette constitue un coupe-faim reconnu, qui peut permettre aux athlètes de conserver leur poids idéal en les empêchant de répondre au signal « Mange plus ! » qu’envoie l’organisme après tout entraînement physique.

Kenneth Myers est néanmoins surpris : malgré les arguments scientifiques qu’il  apporte, développés depuis des années dans de nombreuses études, « les athlètes de haut niveau fument beaucoup moins que la population générale. » Etant donné que les bénéfices de la cigarette ne se font sentir qu’à partir d’une certaine dose et qu’au bout de plusieurs années, il suggère donc que les sportifs commencent à consommer du tabac « aussi jeunes qu’il est raisonnablement possible », ce qui risque, admet-il, d’être compliqué puisque de nombreux pays imposent des restrictions d’âge sur l’achat des paquets. Le médecin fait d’ailleurs remarquer que les pays en voie de développement ne se sont mis que tardivement à adopter des mesures analogues. Comme par hasard, ce sont le Kenya et l’Ethiopie qui, chez les hommes, ont trusté toutes les médailles d’or dans les courses d’endurance (du 800 mètres au marathon en passant par le 3 000 mètres steeple) lors des Jeux olympiques de Pékin« Pour résumer, conclut l’étude, la littérature existante soutient l’utilisation de la cigarette pour améliorer la performance en endurance, par le biais de la perte de poids et de l’augmentation du taux d’hémoglobine et du volume pulmonaire. Cependant, les athlètes continuent de négliger la cigarette et suivent des méthodes illégales et dangereuses qui n’ont que des effets mineurs et transitoires sur ces mêmes variables physiologiques. Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour déterminer clairement quand et comment la cigarette doit être intégrée dans les programmes d’entraînement des sportifs de haut niveau. En dépit des crédits substantiels alloués au développement d’une élite dans les sports d’endurance, nous n’avons pas connaissance que pareils programmes de recherche existent pour le moment. »

Evidemment, Kenneth Myers ne pense pas un mot de ce qu’il écrit. Son étude n’est pas non plus un canular. Ce médecin canadien a simplement voulu illustrer par un exemple spectaculaire les dérives d’une pratique à laquelle se livrent parfois des chercheurs peu scrupuleux, connue en anglais sous la belle expression de « cherry-picking », littéralement la cueillette des cerises, que je traduirai par « tri sélectif des données ». Quand on cueille des cerises, on met dans son panier les beaux fruits et on laisse sur l’arbre les fruits abîmés, qui ne nous conviennent pas. Dans son introduction, que j’ai opportunément gardée pour la fin, Kenneth Myers explique qu’en effectuant ce genre de tri, en ne conservant que les données qui les arrangent et en mettant les autres sous le tapis, certains articles scientifiques« ont le potentiel de créer un argumentaire convaincant en faveur d’une hypothèse erronée. Des corrélations ou des extrapolations impropres peuvent aboutir à des conclusions dangereusement fausses. » Mais autant il est aisé, dans un article sur les « bienfaits » du tabac, de pointer ce manquement à l’éthique, autant il est compliqué de le repérer dans la plupart des articles horriblement pointus qui peuplent les revues spécialisées.

Le tri sélectif de données scientifiques n’est pas l’apanage des seuls chercheurs. Je donnerai donc, pour terminer, deux exemples. En 2007, la Maison Blanche, sous la présidence de George W. Bush, s’est mise à la faute en affirmant que les Etats-Unis faisaient mieux que l’Europe dans la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre (GES). En effet, l’augmentation de ces émissions américaines entre 2000 et 2004 avait été moindre que celle des pays de l’UE (à quinze). Or, n’ont pas manqué de faire remarquer les spécialistes, le choix des dates avait été particulièrement subtil et trompeur. Car le point de départ internationalement reconnu dans le domaine des gaz à effet de serre est 1990 et non pas 2000. Si l’on prend donc la période 1990-2004, les émissions de GES aux Etats-Unis ont augmenté de 15 % tandis que celles de l’UE ont baissé de 1%… Autre exemple d’extrapolation abusive, cette fois due à la presse avec ce titre incroyable trouvé dans le quotidien britannique The Evening Standard en 2010 :

En français, cela donne « Les bananes aussi bonnes que les médicaments pour traiter le VIH, disent des chercheurs ». Bien sûr, comme l’explique le blog Radiokate, les chercheurs en question n’ont jamais prétendu une telle chose et n’ont pas non plus incité les séropositifs à échanger leurs trithérapies contre un régime de bananes. Leur communiqué dit bien qu’ils ont découvert, dans ces fruits, un composé susceptible de servir de microbicide contre le virus du sida et donc d’empêcher l’infection. En aucun cas un microbicide, qui a un rôle préventif, ne peut remplacer un traitement une fois que la personne est contaminée. Une fois de plus, l’auteur de l’article n’a vu que ce qu’il ou elle voulait y voir.

Pierre Barthélémy

 

Commentaire

 

Les substances dopantes, pourtant illégales, sont omniprésentes dans le monde du sport. Le tabac, pour sa part, est légal, et tout aussi efficace. C’est en tout cas ce que montre une étude menée par un scientifique. Le tabac aurait un triple impact positif sur l’endurance des sportifs puisqu’en plus d’augmenter le taux d’hémoglobine et la capacité pulmonaire, il réduirait de façon significative la sensation de faim. Paradoxalement, c’est chez les sportifs que la part de fumeurs est la plus faible. Le sportif renvoie en effet une image saine à l’inverse du tabac. L’étude montre que les bénéfices de la cigarette ne sont perceptibles qu’après plusieurs années, d’où la nécessité pour les sportifs de commencer à fumer le plus tôt possible. Cette situation est bien évidemment peu envisageable puisque la législation de la plupart de pays encadre l’âge minimal de consommation de cigarettes. Un tel comportement serait donc illégal et contraire à l’ordre moral. Le scientifique souligne la nécessité de mener des études visant à évaluer les apports de la consommation de cigarettes chez les sportifs. L’auteur émet par ailleurs une hypothèse quant aux liens possibles entre le succès des pays à faible développement dans le domaine des sports d’endurance, notamment en athlétisme, et la faiblesse de leurs législations sur le tabac. Cet article est bien entendu à prendre au second degré. Ce qu’a réellement voulu démontrer l’auteur de cette étude c’est la nécessité de s’interroger quant au caractère éthique de certaines études scientifiques, notamment dans le domaine sportif, qui viseraient à établir une primauté de la performance sur la santé des individus. Il est nécessaire d’analyser de manière réfléchie les études scientifiques qui ne prennent en compte, sans le signaler pour autant, que les aspects positifs d’un phénomène. Son étude fait donc figure de contre exemple puisqu’elle est censée incarner un mauvais esprit scientifique. La très forte importance du scientifique dans nos sociétés doit toutefois s’accompagner d’une méfiance quant aux objectifs, qui peuvent être de nature économique ou politique.

Le mystère des « vaches magnétiques » Improbabologie | | 02.12.11 | 16h33 • Mis à jour le 02.12.11 | 17h01

C’est une controverse scientifique presque aussi importante que celle qui opposa Galilée à l’Eglise sur l’ordonnancement des cieux : les vaches perçoivent-elles le champ magnétique terrestre, au point de s’aligner sur lui lorsqu’elles broutent ou se reposent ? Les éleveurs ont remarqué depuis longtemps que leurs bêtes ont tendance à évoluer en restant parallèles les unes aux autres. Histoire, croit-on, soit de donner le moins de prise au vent, soit de profiter au maximum du soleil les jours frais ou, au contraire, de minimiser la surface exposée aux rayons d’Hélios les jours chauds.

Que nenni, a affirmé en 2008 une étude germano-tchèque publiée dans lesProceedings (comptes rendus) de l’Académie américaine des sciences. En analysant des images de Google Earth montrant des troupeaux de bovidés, ses auteurs ont noté une préférence marquée, quelle que soit la saison, pour un alignement sur le champ magnétique terrestre. Les vaches se comportaient comme des boussoles, indiquant, qui de la corne, qui de la queue, les pôles Nord et Sud magnétiques.

Confirmation en fut apportée en relevant en forêt les empreintes laissées par d’autres ruminants, chevreuils et cerfs, quand ils se couchent dans la neige. Si l’orientation de nombreux animaux (tortues marines, pigeons, abeilles, etc.) en fonction du champ magnétique était déjà documentée, c’était la première fois qu’une étude la mettait en évidence chez de gros mammifères. Ce qui pouvaitconduire à réévaluer la dangerosité des champs magnétiques pour un animal tel que l’homme.

BOUSSOLES INTERNES BOVINES

L’année suivante, la même équipe enfonça le clou en constatant, toujours grâce à Google Earth, nouvel outil de la science, que l’alignement Nord-Sud se défaisait quand les troupeaux paissaient sous des lignes à haute tension : le champ magnétique créé par le passage du courant perturbait les bêtes, qui avaient du même coup tendance à se disposer perpendiculairement aux lignes électriques. C’est tout juste si l’on ne débusquait pas enfin ici l’explication d’un phénomène universel, à savoir celui des vaches qui regardent passer les trains. En réalité, les vaches se moquent bien des motrices et de leurs wagons : elles s’occupent defaire un angle droit avec les voies électrifiées…

Mais chaque découverte capitale de l’histoire de l’humanité s’accompagnant de critiques, une polémique a éclaté en février au sujet des boussoles internes bovines. Ainsi, dans une étude publiée dans le Journal of Comparative Physiology,une autre équipe, tchèque à 100 % celle-là, démolit le bel édifice. En s’intéressant non plus à la direction générale des troupeaux mais à celle de chaque individu, ces chercheurs ne virent apparaître, sur un nouveau jeu de photos, aucune direction préférentielle dans la position des ruminants et dénoncèrent un biais expérimental dans l’article de 2008.

La riposte ne se fit pas attendre. Pour la première équipe, la moitié des images exploitées par ses détracteurs n’étaient pas pertinentes, car prises sur des terrains trop en pente ou près de lignes à haute tension. De plus, les clichés retenus étaient parfois si flous qu’on ne pouvait déterminer précisément l’orientation des bêtes, qui étaient parfois des moutons, voire, pis, des bottes de paille !

Pour l’heure, le mystère des vaches magnétiques reste donc entier. Amis éleveurs, attendez encore un peu avant de construire des étables feng shui pour améliorer la qualité du lait.


Pierre Barthélémy

 

Commentaire

 

Des interrogations se posent quant à la perception du champ magnétique terrestre par les vaches. Ces dernières se placent en effet le plus souvent parallèles les unes aux autres. Les justifications à ce phénomène sont multiples mais aucune ne semble satisfaisante sur le plan scientifique. Une étude atteste pourtant d’un alignement sur le champ magnétique terrestre. Le comportement des vaches serait ainsi comparable à celui d’une boussole. L’orientation en fonction du champ magnétique a déja été prouvée chez certains animaux mais pas chez de gros mammifères. L’étude s’intéresse par ailleurs à l’impact des lignes à haute tension sur l’alignement des troupeaux. Des inquiétudes existent en effet quant à des effets négatifs de ces lignes sur les humains. Cette étude est donc semblable en quelque sorte à une étude expérimentale préalable à la commercialisation d’un produit par exemple. L’Homme évalue les dangers potentiels sur des animaux qui lui sont proches. Cette thèse est toutefois sujette à de nombreuses contradictions au sein de la communauté scientifique.

12 décembre 2011 Comment concilier goût pour la viande et amour des animaux ?

Cela s’appelle le « paradoxe de la viande ». Dans les pays riches, les très nombreux adeptes du régime carné appartiennent aussi à la catégorie de personnes qui répugneront à faire du mal à un être vivant doté d’un esprit. Par ailleurs, 50 % environ des foyers français et plus de 60 % des foyers américains comptent un ou plusieurs animaux de compagnie, parfois considérés comme des membres à part entière de la famille. On les soigne, on consacre une partie de son budget à les nourrir, on leur parle et on les pleure quand ils disparaissent. Même si manger de la viande est rarement vu, sauf dans le cas des végétariens, comme un choix moral, les carnivores, qui savent parfaitement comment steaks et côtelettes arrivent dans leurs assiettes, doivent donc atténuer la dissonance existant entre leurs pratiques culinaires, leur amour des animaux et leur dégoût de l’abattoir.

Quelle stratégie adopter pour défendre un modèle alimentaire et culturel remis en cause par le végétarisme et la notion selon laquelle les animaux ont des droits (sans compter que la production de viande est de plus en plus souvent montrée du doigt comme un facteur important de l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre) ? Comment se débrouille-t-on pour disjoindre la viande de l’animal, pour déguster une bavette d’aloyau bien saignante sans penser au bœuf dont elle a jadis fait partie ou un travers de porc caramélisé sans que l’image de Babe, le gentil cochon devenu berger, vous revienne à l’esprit ? C’est pour répondre à ces questions qu’une équipe australo-britannique de psychologues a mené une série de trois expériences dont les résultats ont été publiés récemment dans la revuePersonality and Social Psychology Bulletin. Ces chercheurs sont partie de l’hypothèse selon laquelle il serait plus facile de consommer de la viande en attribuant peu ou pas d’esprit à l’animal dont elle provient. Il est en effet plus facile de dissoudre le conflit moral né du paradoxe de la viande en rapprochant les animaux des choses (et peut-être de l’animal-machine de Descartes), ce qui rend leur ingestion moins embarrassante…

Le premier test, très simple, a donc consisté à demander à un panel d’Australiens d’évaluer les capacités mentales et le caractère comestible d’une petite ménagerie de 32 animaux, aussi bien sauvages que domestiques, parmi lesquels se trouvaient 20 mammifères (étant donné qu’on les voit comme les plus proches des humains sur le plan mental) mais aussi 3 oiseaux, 2 poissons, 3 crustacés, 1 amphibien, 1 reptile, 1 mollusque et 1 insecte. On apprend ainsi avec plus ou moins d’étonnement que le chien, surnommé le meilleur ami de l’homme, est considéré comme le plus pourvu de capacités mentales, légèrement devant notre frère gorille. Ces deux espèces font partie d’un groupe peu comestible parce que doté d’un esprit, qui comprend également, pour des raisons assez évidentes d’image, le chat, le dauphin, le cheval (l’hippophagie n’est pas bien vue dans le monde anglo-saxon même si l’Australie exporte de la viande de cheval…), le lion, l’éléphant et le loup. Sans trop de surprise non plus, on trouve dans la catégorie des animaux à esprit soi-disant faible ou limité un groupe assez compact composé des espèces les plus commercialisées chez les bouchers, volaillers et poissonniers occidentaux : vache, mouton, poulet, poisson, homard, crevette et crabe.

Le deuxième test, réalisé auprès d’un autre panel, était un peu plus subtil. Chaque « candidat » devait regarder deux fiches composées d’une image (une vache dans un pré, un mouton dans un pré) et d’une description. La moitié des personnes interrogées voyait l’image de la vache associée au texte suivant « Cette vache va être déplacée vers d’autres enclos où elle passera le reste de sa vie à manger de l’herbe avec d’autres vaches » et celle du mouton accompagné du moins bucolique « Cet agneau va être conduit à l’abattoir où il sera tué, découpé et envoyé aux supermarchés comme viande pour humains ». Comme vous l’avez deviné, l’autre moitié des sondés disposait d’un questionnaire aux légendes interverties. Après lecture des fiches, il fallait évaluer les capacités mentales des deux animaux. En conformité avec les résultats de la première étude, qu’il soit vache ou agneau, l’animal destiné à la boucherie se voyait attribuer des capacités inférieures à celui qui passerait le restant de sa vie à s’ébattre dans les folles prairies de l’insouciance chères à Pierre Desproges.

Pour le troisième et dernier test, les auteurs de l’étude ont mis au point un dispositif complexe en plusieurs étapes. Les « cobayes » étaient recrutés pour un sondage très vague sur « le comportement des consommateurs ». On leur demandait, pour commencer, de bien vouloir participer à une étude indépendante de ce qui allait suivre, au cours de laquelle ils regardaient l’image d’une vache ou d’un mouton broutant dans un pré avant d’évaluer ses capacités mentales. S’ensuivait un test de 20 minutes où les personnes effectuaient une tâche sans rapport, histoire de faire diversion. Après quoi, les participants étaient informés que l’étude sur la consommation allait commencer. Ils devraient écrire un texte décrivant la production d’un aliment qu’on leur demanderait de goûter ensuite : pomme (pour établir un groupe témoin), rôti de bœuf (pour ceux qui avaient évalué les capacités mentales du mouton) et gigot d’agneau (pour ceux qui avaient donné leur avis sur l’esprit de la vache). Afin de rendre le scénario réaliste, on mettait devant chacun un plat contenant l’aliment en question. Une fois le texte rédigé, les expérimentateurs, prétextant vouloir mettre à profit le temps nécessaire pour aller chercher des assiettes et des couverts, demandaient à ceux qui avaient vu une vache au début d’évaluer les capacités mentales du mouton, et vice-versa. Là encore, les résultats sont conformes avec les tests précédents. Ceux qui devaient goûter la pomme ont jugé de manière équivalente vache et mouton. En revanche, ceux qui s’étaient préparés à manger du rôti de bœuf ont trouvé que le bovin était moins doté d’esprit que le mouton, tandis que ceux qui avaient le gigot d’agneau sous le nez ont jugé que les vaches étaient nettement plus intelligentes que les moutons…

Toutes ces expériences semblent donc montrer que, pour mettre son âme en paix et résoudre le paradoxe de la viande, le carnivore humain « démentalise » les animaux de boucherie (alors même qu’il « anthropomorphise » les animaux de compagnie). Ce déni d’esprit, disent les auteurs, n’est probablement pas le seul outil dont il dispose dans ce but : le poids de la tradition culturelle est sans doute aussi présent, ainsi qu’une faculté à occulter le lien viande-animal. Ces psychologues suggèrent également de reproduire ce genre de tests dans les pays où l’on mange les animaux, tabous chez nous, que sont le chien et le chat.

Leur travail peut être perçu comme un argument de plus en faveur du végétarisme. Mais c’est un argument à double tranchant : pourquoi ne pas considérer le végétarisme comme le déni d’esprit et de souffrance fait aux plantes ? Depuis quelques années en effet, des botanistes étudient très sérieusement la possibilité que les végétaux, même privés du système nerveux des animaux, aientdéveloppé à leur manière une certaine intelligence

Pierre Barthélémy

 

Commentaire

 

On parle souvent au sujet des populations des pays développés d’un « paradoxe de la viande ». En effet, la consommation de viande est excessive chez ces populations mais elles marquent par ailleurs un refus catégorique de faire souffrir les animaux. Les populations des pays développés considèrent les animaux comme des êtres vivants à part entière, dotés d’un esprit. D’où une quantité importante d’animaux de compagnie parfois considérés comme des membres de la famille. Le végétarisme a par ailleurs fait naître la notion de droits des animaux. Ces derniers avancent par ailleurs l’argument environnemental, la production de viande se révélant très nocive pour l’environnement. Une étude a donc été menée sur la capacité des populations occidentales à dissocier les notions d’aliment et d’animal. La consommation de viande serait plus facile si l’on attribue peu d’esprit à l’animal. D’où cette référence à l’animal-machine de Descartes. Une évaluation par sondage des capacités mentales et du caractère comestible  d’animaux sauvages et domestiques, a don été menée. Les animaux jugés les plus comestibles sont ceux auxquels on attribue le moins d’esprit, d’où une certaine limitation du paradoxe. Un deuxième test attribue des capacités mentales inférieures aux animaux destinés à la boucherie. Enfin, un troisième test évalue l’attitude du consommateur. De ce test résulte une « démentalisation » de l’animal par nous mêmes afin de résoudre le paradoxe de la viande. Le lien animal-viande semble être occulté. Ces test attestent donc du caractère paradoxal des comportements humains et surtout dans les sociétés occidentales. Cet article soulève par ailleurs des interrogations quant à un éventuel paradoxe de la plante chez les adeptes du végétarisme.

13 décembre 2011 COMING IN – Les manchots « gays » de Toronto sont séparés, l’un d’eux a trouvé une femelle

Les manchots Pedro (à droite) et Buddy. REUTERS/Mark Blinch

Deux manchots « homosexuels » du zoo de Toronto, Buddy et Pedro, sont officiellement séparés, selon un responsable du zoo, cités par la BBC, depuis que l’un d’eux a trouvé une femelle.

Le soi-disant « couple » avait été séparé par ses gardiens le mois dernier, provoquant une vague d’indignation rigolarde sur Internet. Le zoo affirmait que ces deux manchots africains devaient se reproduire pour le bien de leur espèce – passée de 225 000 à 60 000 individus en vingt ans. Des voix s’étaient élevées pour défendre le droit de Buddy et Pedro à vivre librement leur relation.

Buddy, 20 ans, a donc « conclu » avec une femelle, Farai, le 19 novembre, soit trois jours après avoir été forcé à quitter le nid qu’il partageait avec Pedro. Les deux manchots avaient adopté un habitat et des comportements de couple avant leur arrivée au zoo, il y a un an. Ils appartenaient alors à un groupe exclusivement masculin. Le patron du département des oiseaux et des invertébrés du zoo de Toronto, Tom Mason, s’est fendu d’une conférence de presse pour annoncer l’heureux événement. M. Mason précisait de nouveau que le lien unissant Pedro et Buddy était purement « social » et non sexuel.

Quant à Pedro, 10 ans, il ferait sa cour à une femelle, Thandiwey, depuis plusieurs semaines, mais la belle ne semble pas encore intéressée. A la différence de Buddy, qui a vécu avec une partenaire pendant dix ans et a déjà donné la vie, le jeune Pedro ne s’est encore jamais reproduit.

Mise à jour : 
Le site d’information britannique Pink news, qui cite M. Mason, rappelle que les deux manchots ne seront séparés que pour une durée relativement limitée, « Ce ne sera pas permanent, dit M. Mason. Quoi qu’il arrive, tous les manchots seront réunis d’ici le printemps. »

Commentaire

Le couple de manchots a été séparé par les gardiens du zoo sous prétexte d’un comportement que l’on pourrait qualifier d’homosexuel. Le phénomène d’attirance pour le même sexe devrait donc être une exclusivité de l’espèce humaine? L’argument avancé est que les manchots devraient se reproduire pour le bien de leur espèce. Cette situation illustre donc un paradoxe puisqu’un tel argument avancé au sujet de deux personnes humaines ne serait pas toléré. Le lien entre les deux manchots a par ailleurs été qualifié de purement social et non sexuel, comme si ce type de comportement pouvait être toléré chez les humains mais pas chez les animaux. La conscience des animaux est jugée insuffisante pour qu’un tel phénomène puisse être acceptable. L’homosexualité chez les animaux serait donc contre nature mais parfaitement acceptable pour les êtres humains. L’Homme confirme une nouvelle fois son caractère extrêmement paradoxal.

15 décembre 2011 Les gènes de l’intelligence remis en question

Avec l’explosion des analyses génétiques, de nombreux travaux ont associé des variations dans plusieurs gènes impliqués dans le fonctionnement du cerveau avec le niveau d’intelligence. Prochainement publiée par la revue Psychological Science,une étude internationale revient sur ces « gènes de l’intelligence » : elle a essayé de retrouver leur lien avec le QI en utilisant trois jeux de données indépendants qui totalisent presque 10 000 personnes. En bref, ces chercheurs ont suivi le traditionnel et indispensable chemin de la science : répliquer l’expérience pour voir si l’on aboutit au même résultat.

Pour schématiser, ce genre d’études fonctionne de la manière suivante. On relève certaines variations génétiques dans une population et on regarde si elles ont un impact statistiquement significatif sur les capacités cognitives générales (CCG) des participants, mesurées par différents tests. Il s’agit sans doute d’une définition très restrictive de l’intelligence, mais c’est celle sur laquelle ces chercheurs se sont mis d’accord depuis longtemps.

Les auteurs de l’article à paraître dans Psychological Science se sont concentrés sur 12 variations génétiques et les ont donc traquées dans trois échantillons de populations pour laquelle il existait également une évaluation chiffrée précise de ces CCG. Ils ont tout d’abord travaillé sur les données d’une étude longitudinale dans le Wisconsin qui a suivi des milliers de personnes depuis 1957. Au total, les chercheurs disposaient des données sur ces 12 variations pour 5 571 personnes. Résultat : aucune corrélation significative avec le QI et ce pour toutes les variations ! Le deuxième échantillon comptait un peu moins de monde (1 759 personnes) et était extrait de la Framingham Heart Study, une étude célèbre qui surveille depuis 1948 la santé de milliers d’habitants de la ville de Framingham, dans le Massachusetts, censée être représentative de la population américaine. L’objectif premier consiste à s’intéresser aux maladies cardio-vasculaires et à leurs causes, mais des prélèvements à des fins génétiques ont également été effectués. Sur les 12 variations retenues, 10 étaient documentées et 1 seule s’est avérée liée à une augmentation statistiquement significative des capacités cognitives. Pour le troisième et dernier échantillon, l’étude est allée chercher des données en dehors des Etats-Unis en choisissant de piocher des informations dans le registre des jumeaux suédois. Là encore n’étaient disponibles que 10 des 12 variations génétiques. Résultat : aucune corrélation avec les CCG pour aucune d’entre elles. Le seul gène s’approchant d’un résultat significatif était le même que pour l’échantillon de Framingham mais… la corrélation avec l’intelligence marchait dans l’autre sens, dans le sens d’un QI plus bas !

Comme le disent très bien les auteurs de cette étude dans leur conclusion,« le contraste entre le résultat attendu de la littérature et le résultat que nous avons effectivement obtenu dans notre enquête est frappant ». Sur 32 vérifications, 31 ont échoué et la seule variation génétique qui ait réussi à franchir l’obstacle n’a pu le faire que sur un seul des trois tests… Autant dire que les expériences qui ont permis, à une certaine époque, d’affirmer que les 12 variations génétiques en question étaient significativement liées à une amélioration du QI étaient toutes des « faux positifs ». Comme le suggère l’article, ces résultats erronés sont très probablement dus au fait que « les études originales que nous avons cherché à répliquer ne disposaient pas d’échantillons de taille suffisante« .

Il ne faut pas en conclure pour autant que rien, dans les capacités cognitives, ne se transmet de manière génétique. En compilant et analysant des centaines de milliers de données, les auteurs de cette étude confirment que les variations génétiques sont responsables de près de la moitié des variations de QI entre individus, un chiffre déjà avancé par un article paru dans Molecular Psychiatry en octobre. Mais contrairement à ce que l’on constate dans certaines maladies génétiques comme la myopathie de Duchenne, l’hémophilie ou la mucoviscidose, il ne faut pas chercher l’action d’un gène unique. Tout comme dans le cas de la taille d’un individu pour laquelle intervient tout un cocktail de gènes, la part génétique de l’intelligence est le produit de nombreux facteurs, chacun intervenant probablement de manière modeste en parallèle avec l’éducation, l’affection et l’attention des proches, le milieu socio-culturel, etc.

« A l’époque où la plupart des résultats que nous avons essayé de répliquer ont été obtenus, lit-on dans la conclusion de cette instructive étude, les travaux sur des gènes candidats à l’explication de traits complexes étaient courants dans la recherche génétique. De telles études sont désormais rarement publiées dans les revues importantes. Nos résultats ajoutent le QI à la liste des caractères qui doivent être approchés avec une grande prudence dès lors qu’il s’agit d’évaluer des associations génétiques. (…) Les associations de gènes candidats avec des traits étudiés par la psychologie ou d’autres sciences sociales doivent être considérées comme des tentatives tant qu’elles n’ont pas été répliquées dans plusieurs grands échantillons. (…) La dissémination de faux résultats en direction du public risque de créer une perception incorrecte de l’état des connaissances dans le domaine, spécialement pour ce qui est de l’existence des gènes « de quelque chose ». » Par conséquent, quand certains journaux (scientifiques ou pas) titreront sur le gène de l’infidélité (très élégamment baptisé « gène de la salope » par Fox News), sur celui dela prise de risques financiers ou sur celui de la délinquance violente, méfiez-vous un peu…

Pierre Barthélémy

 

Commentaire

 

Des analyses génétiques ont conduit à une association entre gènes et niveau d’intelligence. On peut parler ici de tentative d’objectivisation scientifique d’une donnée considérée habituellement comme subjective et difficilement évaluable. Une étude menée sur l’impact des variations génétiques sur les capacités cognitives a donc été menée, se résumant à une définition très restrictive de l’intelligence. Cette étude n’a rien démontré même s’il existe toutefois une influence du génétique sur les capacités cognitives. L’étude rappelle bien évidemment l’importance de facteurs humains tels que l’affection, l’attention ou le milieu socio-culturel. Bien heureusement, la science ne peut pas tout expliquer à elle seule.