Pékin suffoque, la Toile s’embrase

Depuis trois jours, Pékin est plongée dans un épais nuage, aussi gris que nauséabond. (Illustration).
Depuis trois jours, Pékin est plongée dans un épais nuage, aussi gris que nauséabond. (Illustration). Crédits photo : © David Gray / Reuters/REUTERS

Les internautes accusent le régime de chercher à minimiser le phénomène de pollution.

Pékin est dans le brouillard, et les dirigeants chinois encore plus, impuissants à enrayer la pollution qui ne cesse de s’aggraver dans la capitale. Depuis trois jours, la ville est plongée dans un épais nuage, aussi gris que nauséabond, qui a presque paralysé le 2e aéroport mondial. L’affaire fait la une des journaux et était, mardi, le sujet numéro un des internautes chinois : plus de 4,5 millions d’entre eux, aussi inquiets qu’en colère, ont posté un message sur Weibo, le Twitter chinois. Des centaines de vols ont été annulés, plusieurs autoroutes et des dizaines de routes ont été fermées tant la visibilité est tombée bas. Une situation presque aussi mauvaise s’était produite début novembre.En cause, la consommation de charbon qui a doublé en dix ans, selon Greenpeace Chine. Et les voitures, dont le nombre a grossi de 800.000 pour la seule année 2010 à Pékin. La presse raconte que la crainte, voire la «panique», gagne la population pékinoise, qui s’est ruée sur les masques respiratoires. Une seule boutique sur le géant de la vente en ligne Taobao en avait vendu 30.000 samedi. Aujourd’hui, le site est en rupture de stock.Un sondage effectué par le China Youth Daily montre que près de 70 % des personnes interrogées estiment que les statistiques officielles ne correspondent pas à ce qu’elles voient et ressentent. Récemment, la polémique a fait rage entre les officiels et l’ambassade des États-Unis, qui fait un relevé de la qualité de l’air avec ses propres appareils, et le publie en temps réel sur son site Internet et Twitter. L’ambassade de France envisage de mettre en place ses propres mesures, grâce à une technologie développée par Environnement SA. Les diplomates américains se sont vus accusés de «sensationnalisme». Le problème, c’est que la population chinoise les croit plus que sa propre administration. L’officiel quotidien Global Times a même exhorté le gouvernement à «éviter les informations déroutantes», en publiant de bons indices quand l’air est irrespirable… Samedi, le numéro deux du Bureau municipal de protection de l’environnement, Du Shaozhong, a admis la gravité de la situation, sur son compte de microblog.

Particules fines

Ces deux derniers jours, les mesures américaines ont atteint le niveau de 522, dépassant le seuil maximal de l’index qui est de 500 ! À partir de 300, le niveau est déjà considéré comme «dangereux pour la population tout entière». Et il est déjà «mauvais pour la santé» de tous à partir de 150.

Les relevés officiels chinois ne prennent en compte que les particules fines PM10 (d’un diamètre inférieur à 10 microns) tandis que l’ambassade américaine mesure les particules fines PM2,5 (moins de 2,5 microns). Or «les particules PM2,5 peuvent pénétrer plus facilement et profondément dans les poumons et le sang, causant de sérieux problèmes de santé», estime Ma Jun, directeur de l’Institut des affaires publiques et environnementales.

Devant la pression de l’opinion et des experts, Pékin envisage une réforme de son barème, en prenant en compte les particules fines. Mais le Guangzhou Daily, citant des spécialistes, estime que le pourcentage de villes chinoises à la qualité de l’air acceptable dégringolera alors de 80 % à 20 %.

 

Commentaire

 

Les internautes accusent leur régime de minimiser la pollution dans la capitale chinoise. Les autorités semblent pour leur part impuissantes face à l’aggravation de la pollution dans les métropoles du pays, Pékin en tête. Un nuage gris et nauséabond a paralysé le principal aéroport du pays et des routes ont du être fermées. La prise de conscience écologique est donc plus facile lorsque l’environnement menace l’Homme et son économie. Les explications sont nombreuses: la consommation de charbon a été multipliée par deux en dix ans et le nombre d’automobiles connaît une croissance remarquable. Le problème est le suivant: Comment convaincre la population d’un pays émergent de la primauté du facteur environnemental sur son propre développement économique. La panique chez la population attesterait pourtant d’un premier pas vers une prise de conscience de la situation écologique désastreuse. Les ambassades occidentales, pour leur part, contestent les chiffres officiels et publient leurs propres analyses, déstabilisant ainsi le régime. La population ne croit plus les chiffres de l’administration qui ne prennent pas en compte les particules fines, extrêmement nocives pour la santé. Une réforme viserait à les inclure dans les prochaines analyses, ce qui placerait une très large partie des villes chinoises au dessus du seuil de pollution tolérable. Cette prise de conscience environnementale servirait en tout cas les puissances occidentales dans leur volonté d’endiguer l’expansion économique chinoise, le gouvernement étant obligé de limiter ses émissions de gaz à effet de serre.

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