Le climat sous la menace de la fonte des sols arctiques

Paysage de toundra au Canada. Si la température moyenne des zones arctiques augmentait de 2,5°C d'ici à 2040, le sous-sol (permafrost) relâcherait de 30 à 63 milliards de tonnes de carbone.
Paysage de toundra au Canada. Si la température moyenne des zones arctiques augmentait de 2,5°C d’ici à 2040, le sous-sol (permafrost) relâcherait de 30 à 63 milliards de tonnes de carbone. Crédits photo : PAUL J. RICHARDS/AFP

D’énormes quantités de carbone sont séquestrées dans le permafrost.

La hausse rapide des températures dans le Grand Nord fait craindre le pire aux scientifiques. Le dégel du sous-sol de ces régions (appelé permafrost) risque de relarguer dans l’atmosphère des quantités de gaz à effet de serre bien supérieures à ce que prévoient les modèles actuels. «On a calculé que le dégel du permafrost pourrait rejeter des quantités de gaz à effet de serre équivalentes à ce que produit la déforestation (entre 15 et 20% des émissions mondiales). Mais dans la mesure où ces rejets incluraient du méthane, l’effet global sur le climat pourrait être 2,5 fois plus important», précise le texte.

Ces conclusions sont le fruit d’un travail mené par une quarantaine de scientifiques de plusieurs pays réunis en réseau (Permafrost Carbon Network). «Il ne s’agit pas d’un travail scientifique classique, mais d’une sorte de supersondage mené auprès de ces spécialistes sur la base de leurs propres travaux et expertises sur le sujet», explique Gerhard Krinner, chercheur au Laboratoire de glaciologie et géophysique de l’environnement du CNRS*. Il fait partie des experts qui ont contribué au commentaire publié dans la revue Nature. «Nous devions répondre à trois questions : suivant différentes hypothèses de réchauffement futur, quelle superficie de permafrost dégèlera ? Combien de carbone serait potentiellement relâché dans l’atmosphère ? Quelle fraction de ces émissions se produira sous forme de carbone au lieu de dioxyde de carbone ?» poursuit le scientifique.

Les sols gelés de l’Arctique représentent 18,8 millions de km2. La quantité de biomasse renfermée dans ces terres, sous forme de restes de plantes et d’animaux accumulés au cours des millénaires, est évaluée à 1700 milliards de tonnes de carbone. «Cela représente quatre fois plus que tout le carbone émis par l’activité humaine au cours de la période industrielle et le double de ce que l’on peut trouver dans l’atmosphère aujourd’hui» rappelle le document de Nature. Ces chiffres justifient l’attention portée à ce sujet.

Plusieurs hypothèses

En basant leurs calculs sur les différents scénarios de réchauffement climatique du Giec (groupe intergouvernemental d’experts sur le climat), les chercheurs aboutissent à plusieurs hypothèses. Si la température moyenne des zones arctiques augmentait de 2,5°C d’ici à 2040 (par rapport à la moyenne de la période 1985-2004), le permafrost relâcherait de 30 à 63 milliards de tonnes de carbone (CO2 et méthane confondus). Avec une augmentation de 7,5°C d’ici à 2100, on passerait à une quantité de 232 à 380 milliards de tonnes.

«Ces estimations sont de 1,7 à 5,2 fois plus importantes» que celles retenues par des études récentes. «Le sentiment des chercheurs est que les émissions futures seront beaucoup plus fortes que ce qu’indiquent les modèles. Car ces derniers, très difficiles à établir, ne représentent pas encore tous les processus liés à l’évolution du permafrost» précise Gerhard Krinner. Un projet européen baptisé Page21 vient d’ailleurs d’être lancé pour améliorer la représentation du permafrost dans les modèles du climat. «Il s’agit par exemple de mieux prendre en compte l’interaction entre la neige, la végétation et le sol», poursuit Gerhard Krinner.

Mais la plus grande inconnue porte aujourd’hui sur la quantité de méthane qui pourra être relâchée par rapport au dioxyde de carbone. Le groupe valide l’idée selon laquelle il s’agirait très majoritairement du CO2, le méthane ne devant représenter que 2,7% des émissions, quel que soit le scénario de réchauffement. «Mais cela reste une estimation très incertaine» reconnaît Gerhard Krinner. Il serait bien de ne pas la dépasser. En effet, le méthane ayant un potentiel de réchauffement 25 fois plus puissant que le CO2, les effets seraient dramatiques et risqueraient d’emballer le cercle infernal: les gaz à effet de serre déjà dans l’atmosphère causent le réchauffement climatique qui lui-même favorise la fonte du permafrost responsable à son tour d’un relargage supplémentaire de gaz à effet de serre…

* CNRS et université Joseph-Fourier, Grenoble.

 

Commentaire

 

Les études montrent que le Permafrost referme d’importantes quantités de carbone. La hausse de la température qui accélère la fonte de la banquise inquiète donc fortement les scientifiques. Le dégel risque d’entraîner un rejet de quantités considérables de gaz à effet de serre, dans des quantités comparables à celles de la déforestation. La fonte est d’autant plus inquiétante qu’elle s’accompagne d’un rejet de méthane. Une étude a donc recueilli, sous forme de sondage, les travaux de nombreux scientifiques. Les résultats attestent de quantités retenues dans les sols arctiques quatre fois plus importantes que les rejets sur la période industrielle et deux fois plus importantes que le niveau actuelle. L’Homme comptait donc sur l’environnement pour sa survie mais ce dernier risque de se retourner contre lui de manière plus que proportionnelle. Ces estimations sont plus importantes que celles des études récentes et marquent un refus de l’affolement face à la situation climatique. Nous entrons dans un cercle vicieux, les gaz à effet de serre accélérant le réchauffement climatique, ces derniers entraînant une fonte du Permafrost, accentuant encore l’émission de gaz à effet de serre.

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