Vendredi 09 décembre 2011 Qui est vraiment responsable du changement climatique ?

Quels sont les pays qui émettent le plus de gaz à effet de serre et donc contribuent aux changements climatiques qui affectent la planète ? La question est récurrente mais se pose avec acuité alors que doit s’achever, vendredi 9 décembre au soir, la conférence de Durban sur le climat, avec l’espoir de voir les 193 Etats réunis en Afrique du Sud accoucher d’un accord sur une réduction des rejets carbonés. Dans cette recherche de la responsabilité, sous-jacente aux débats et génératrice de tensions entre pays, Le Guardian vient de publier un nouvel outil interactif agrégeant de nombreuses données climatiques.

Les chiffres sont connus : ce sont ceux de l’Agence d’information sur l’énergie, organisme américain indépendant qui publie chaque année des statistiques sur les émissions de gaz à effet de serre. La nouveauté, et l’intérêt, réside plutôt dans la compilation de ces chiffres, et leur présentation selon différents points de vue : les émissions de CO2 par pays mais aussi par habitant, actuelles et historiques, ou encore en production de gaz à effet de serre et en consommation de biens et services. Un coup d’œil à cette masse de chiffres souligne l’extrême difficulté à établir des responsabilités et réaffirme la nécessité de parvenir à un accord global de réduction des émissions.

  • Les émissions de CO2 actuelles

La façon la plus simple et la plus commune de comparer les émissions des pays est d’additionner tous les combustibles fossiles brûlés dans chaque nation, par les centrales, voitures, industries ou bâtiments, et de les convertir en CO2. De ce point de vue, la Chine est le plus grand émetteur au monde avec 7 milliards de tonnes de CO2, suivie par les Etats-Unis (5,4 milliards), l’Inde et la Russie. La France se classe 17e avec 350 millions de tonnes. A noter que d’autres types d’émissions ne sont pas inclus. Si la déforestation, responsable d’un quart des émissions mondiales, avait été prise en compte par exemple, le Brésil et l’Indonésie se hisseraient vers le haut de la liste.

  • Les émissions de CO2 actuelles par personne

Si elles ne renseignent pas sur la pollution globale engendrée par un pays, elles sont par contre davantage représentatives quant à la responsabilité des différentes populations par rapport au changement climatique. Ainsi, on voit sur cette carte que les petits pays avec des industries intensives en énergies fossiles, tels que le Qatar et Bahreïn, ont le plus d’émissions. Doha est ainsi le plus gros pollueur au monde, avec 53,4 tonnes de CO2 par personne, soit trois fois plus qu’un Américain (17,5 t), dix fois plus qu’un Chinois (5,2 t) et 36 fois plus qu’un Indien (1,4 t). Ces pays du Moyen-Orient sont suivis par les grands pays développés comme l’Australie, les Etats-Unis et les nations d’Europe occidentale. L’Inde et la Chine, en comparaison, sont beaucoup moins polluantes.

  • Les émissions de CO2 historiques

Etant donné que le CO2 rejeté dans l’atmosphère peut y demeurer des siècles, il est essentiel d’examiner non seulement les émissions actuelles mais aussi celles historiques. D’autant que la délicate question de la responsabilité historique est une source de tensions récurrente au sein des négociations climatiques, les pays émergents estimant qu’ils doivent moins faire d’efforts pour réduire leurs émissions que les pays développés du fait de la responsabilité de ces derniers dans le changement climatique.

Cette carte montre le cumul d’émissions par pays liées à l’utilisation de carburant entre 1850 et 2007. Les Etats-Unis et les pays de l’Union européenne sont en tête, avec plus de la moitié du total des rejets, suivis par la Chine et la Russie, qui représentent chacune environ 8 % des émissions. Sur la carte des émissions historiques par personne [que je n’ai pas reproduite ici mais que vous pouvez retrouver sur le Guardian] le Royaume-Uni passe dans l’équipe des pays les plus pollueurs, en raison de la révolution industrielle, tandis que la Chine disparaît de l’écran. L’on peut toutefois émettre une réserve : la période choisie s’achève un peu trop tard pour être significative en termes d’émissions historiques puisqu’en 2007, la Chine et l’Inde avaient déjà entamé leur forte croissance économique générant une importante demande en énergie et une pollution en hausse.

  • Les émissions en fonction de la consommation

Se concentrer sur les seuls pays où les émissions sont produites est insuffisant car cela occulte le fait que les nations importent des biens et services d’autres Etats, qui ont rejeté du CO2 pour les produire. Sur cette carte, les émissions causées par la production de matières, d’énergie, de biens et services ont été réaffectées aux pays où ces éléments sont finalement consommés. A travers ce prisme, l’empreinte de la France (qui importe son CO2 de Russie) augmente d’environ 50 % (elle passe 11eavec 540 millions de tonnes), tandis que celle de la Chine diminue de près d’un cinquième (5,7 milliards). En ce qui concerne la consommation par personne [visible sur le Guardian], le top 5 correspond de façon attendue aux pays les plus riches : Singapour, le Luxembourg, la Belgique, les Etats-Unis et le Canada.

  • La variation des émissions de CO2 depuis 1990

Cette carte montre comment les émissions ont augmenté ou diminué dans chaque pays depuis 1990, année de référence pour le protocole de Kyoto — seul traité international fixant des objectifs contraignants de réduction des émissions, et dont la prolongation est actuellement discutée à Durban. Selon ces données, l’Union européenne dans son ensemble a réduit ses émissions (la France, elle, s’est maintenue), de même que les anciens pays soviétiques, en raison des bouleversements économiques qu’ils ont connus, mais au contraire des Etats-Unis et, surtout, des pays émergents.

 

Commentaire

 

La question de la responsabilité du changement climatique est essentielle. Cette préoccupation témoigne une nouvelle fois d’une primauté de l’économique et du politique sur l’environnemental. La volonté principale n’est pas de chercher à réduire les émissions de gaz à effet de serre mais plutôt de trouver un responsable afin de limiter des mesures à l’encontre d’autres pays. Cette responsabilité reste toutefois complexe à définir. D’où la nécessité d’un accord global sur les mesures d’évaluation de l’impact climatique. L’analyse classique place en tête La Chine, Les Etats-Unis, La Russie et l’Inde mais ce classement varie selon les outils de mesure. Ainsi, la déforestation hisserait des pays tels que le Brésil ou l’Indonésie en haut de ce classement. Une évaluation des émissions par habitant semble plus juste. Cette dernière placerait les Etats producteurs de pétrole en tête du palmarès. Le CO2 demeurant dans l’atmosphère durant des siècles, une évaluation historique des émissions semble par ailleurs nécessaire. Cette responsabilité historique est d’ailleurs la source de vives tensions dans les négociations climatiques. Il est possible d’observer un réel clivage entre pays émergents et pays anciennement développés, les premiers refusant de limiter leurs émissions, leur responsabilité dans la situation climatique étant selon eux très limitée. L’évaluation de niveau de pollution en fonction de la consommation semble également très judicieux. Ainsi la responsabilité est imputée non pas au pays producteur mais au pays qui importe un bien donné. Les pays anciennement développés arrivent largement en tête de ce classement. En bref, le mode d’évaluation convient plus ou moins bien aux différents acteurs, d’où la complexité d’une analyse globale. Le principal clivage ressortant de ces négociations climatiques ne semble pas être entre pays pauvres et pays riches mais plutôt entre pays anciennement développés et pays émergents. Encore une fois l’aspect économique semble l’emporter sur l’enjeu environnemental.

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