Le bâillement de tortue est-il contagieux ? Improbablologie | | 18.11.11 | 20h10 • Mis à jour le 19.11.11 | 11h37

Une lionne - agée dix-sept ans - baille à l'intérieur de la clôture des Jardins zoologiques dans la ville d'Ahmedabad. Nommée Okha, elle a été adoptée par le programme des "Amis du Zoo".

Une lionne – agée dix-sept ans – baille à l’intérieur de la clôture des Jardins zoologiques dans la ville d’Ahmedabad. Nommée Okha, elle a été adoptée par le programme des « Amis du Zoo ».AFP/SAM PANTHAKY

« Un bon bâilleur en fait bâiller deux », prétend le dicton. Chez l’humain, plusieurs études ont montré que, pour au moins une personne sur deux, regarder quelqu’unbâiller ou imaginer un bâillement suffisait à provoquer le phénomène (mettez la main devant votre bouche, je vous vois). Pour l’heure, trois hypothèses sont avancées pour expliquer cette contagiosité. La première dit qu’il s’agit d’un automatisme, un réflexe mécanique provoqué par l’observation d’un bâillement. La deuxième, plus subtile, évoque un mimétisme inconscient. Quant à la troisième, elle met en scène l’empathie, cette aptitude qu’ont certains à se mettre à la place des autres et à ressentir la même chose qu’eux.

Le rôle du bâillement n’étant pas mieux compris que sa communication, on nage dans un océan d’incertitudes, ce qui est intolérable pour tout scientifique normalement constitué. Une équipe européenne a donc craqué et produit une étude qui, le 29 septembre, a reçu un Ig Nobel, prix parodique destiné à distinguer les plus improbables des recherches.

L’article en question venait d’être publié dans le numéro d’août de la revue Current Zoology mais, au regard des sommets d’improbablologie qu’il atteint, il eût été injuste de ne pas le récompenser illico presto. Ses auteurs sont partis du principe que si le bâillement était contagieux chez une espèce dont les capacités cérébrales restreintes n’autorisent ni le mimétisme ni l’empathie, la première hypothèse serait validée.

Restait à trouver la bonne espèce. Le bâillement communicatif a été décrit chez les chimpanzés ainsi que chez des macaques et des babouins. Il fallait donc viser un cerveau plus rudimentaire que celui de ces singes tout en s’assurant que l’animal sélectionné était capable d’observer attentivement ses congénères. C’est ainsi que la tortue charbonnière à pattes rouges a été choisie. Ce reptile se repose beaucoup sur son système visuel et il bâille en adoptant une posture qui ne peut êtreconfondue avec aucune autre : bouche grande ouverte, tête en arrière, cou étiré.

L’expérience consistait à faire bâiller une tortue en face d’une autre et à vérifier si la congénère se mettait à bâiller à son tour au cours des minutes suivantes. Le hic, c’est que ces animaux ne bâillent pas sur commande. Les chercheurs ont donc dûformer Alexandra, une demoiselle tortue, grâce à un système de récompenses. Cela a pris six mois. On imagine le dialogue dans la cour de récréation. Et ton papa, il fait quoi ? Il est scientifique mon papa, il apprend à bâiller à une tortue…

Quand Alexandra fut devenue une « pro » du bâillement provoqué, l’équipe mena plusieurs tests en la mettant en présence d’autres tortues. Alors oui, il arriva à certaines de bâiller en retour, mais pas plus que d’ordinaire. Peut-être une manière de dire : « Je m’ennuie. Quand s’arrête cette expérience parce qu’il y a bientôt un épisode des Tortues Ninjas à la télé ? » L’étude suggère donc que les mécanismes à l’oeuvre derrière la contagion du bâillement sont plus complexes qu’un simple réflexe en miroir. Restent les hypothèses de l’effet caméléon ou de l’empathie. Etant donné que les tueurs en série sont en général dépourvus de celle-ci, permettons-nous de suggérer une autre étude improbable, consacrée à la communication du bâillement chez les serial killers.


Journaliste Pierre Barthélémy

 

Commentaire

 

Des études montrent que chez les humains, un baîllement suffirait à provoquer le phénomène chez un autre individu. Il y aurait donc du lien social dans le fait de bailler. Les hypothèses explicatives sont au nombre de trois: automatisme, imitation inconsciente et empathie, aptitude à ressentir la même chose que d’autres individus. Tous ces éléments ne témoignent pas d’une même implication sociale du baîllement. Des incertitudes demeurent donc quant au rôle et à la communication de ce phénomène. Des travaux ont été menés par des scientifiques à ce sujet. Ces derniers exposent l’hypothèse suivante: si le baîllement est contagieux chez des espèces aux capacités cérébrales limitées, la première hypothèse, celle d’un automatisme, serait validée. On peut donc parler à ce sujet d’expérience sous contrôle avec des animaux comme groupe de contrôle d’une attitude humaine. La nécessité d’un animal au cerveau rudimentaire mais capable de l’observation de ses pairs a conduit au choix de la tortue charbonnière à pattes rouges. En effet, chez cette espèce, le baîllement est facilement observable et le système visuel est très développé. L’expérience n’a pas conclut à un baîllement réellement contagieux chez la tortue. Ce phénomène ne s’expliquerait donc pas par un simple automatisme. Cet article atteste donc de la complexité des éléments caractérisant le lien social.

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