24 novembre 2011 RÈGNE ANIMAL – L’homme est-il seul à pouvoir se suicider ?

On connaît l’exemple du chien fidèle se laissant mourir après son maître ; on a vu un canard se maintenir sous l’eau assez longtemps pour se noyer après la mort de son partenaire, des rats-taupes nus atteints d’une maladie contagieuse aller mourir seuls, loin de leur colonie, et des baleines se jeter par dizaines sur les plages, comme le 14 novembre dernier sur la pointe de Farewell ("adieu", en anglais), en Nouvelle Zélande, en un simulacre de suicide collectif désespérant  – les autorités locales se sont résolues à euthanasier les survivantes deux jours plus tard, rappelleSlate.

Mais peut-on aller au-delà de comparaisons anthropomorphiques plus ou moins douteuses, se demande aujourd’hui Slate, et affirmer qu’une bête est capable de se suicider ? Un animal peut-il avoir conscience de son existence et conceptualiser la relation de cause à effet qui mènera de son acte à sa disparition, éventuellement à l’abrègement de ses souffrances ?

La question a passionné les scientifiques et la presse anglaise à l’époque victorienne, rappelait en 2010 Edmund Ramsden, chercheur au département d’histoire de l’université d’Exeter. A partir de l’année 1845, on vit ainsi fleurir les drames animaliers dans les feuilles d’outre-Manche, tel "le cas d’un chien de race terre-neuve qui s’était, à plusieurs reprises, jeté à l’eau, restant immobile et ‘gardant obstinément la tête sous l’eau pendant quelques minutes’", rappelle Slate (c’est alors que l’affaire du canard amoureux mentionné ci-dessus avait été évoquée).

Bravement, donc, Slate rassemble des éléments de preuve modernes. Le site souligne que certains animaux, dauphinsprimatespies et éléphants, en reconnaissant leur image dans un miroir pourraient démontrer une certaine conscience de leur individualité. Certains savent "faire semblant", en jouant : serait-ce le signe d’une capacité à se projeter au-delà de ce monde matériel ?

Poussant vers des espèces dont les états d’âme indiffèrent la plupart d’entre nous, Slate relève que certaines algues unicellulaires peuvent, face à un stress pourtant surmontable, activer un processus de mort programmée. "Des chercheurs ont récemment découvert que le ‘suicide’ de certaines cellules favorisait la croissance des cellules survivantes." Ces algues meurent donc "pour le bien de la communauté", en martyrs.

Enfin, Slate note l’existence d’un parasite qui provoque chez les rongeurs une certaine attirance pour leur pire ennemi, le chat, et se demande si ledit parasite,Toxoplasma gondii, pourrait également infecter l’humain et le pousser ainsi à passer à l’acte, en conscience altérée, mais en conscience tout de même.

Photo : AFP PHOTO/MARIO LAPORTA

 

Commentaire

 

De nombreux exemples de comportements animaux s’apparentent à ce que l’on pourrait qualifier de suicide. Ces éléments soulèvent des interrogations sur la conscience qu’a l’animal de son existence et sur sa capacité à conceptualiser les conséquences de son acte. L’importance éthique de cette question est réelle puisque l’Homme pourrait ne pas être le seul doué de raison et de sensibilité, comme il laisserait pourtant l’entendre. L’étude, poussée jusqu’au comportement de certaines algues, atteste d’un "suicide" causé par le stress. Ce "suicide" favoriserait la croissance des cellules survivantes ce qui permet de parler de "mort pour le bien de la communauté". Cet article soulève donc le problème de la domination de l’humain sur son environnement qu’il justifie par une intelligence et une conscience supposées supérieures à celles des autres espèces.

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